Il y a plein de prétextes qui conduisent à s'inscrire sur facebook.
Pour ma part, ça a été "ho, je vais pouvoir retrouver mes copines de fac restée à Paris, comme ça on gardera le contact". Fort bien. Le dit contact ayant été repris, nous nous sommes régulièrement
laissé des pouces levés ou des petits commentaires sans intérêt. J'ai été regarder leurs photos, j'imagine qu'elles ont fait de même pour moi.
Ensuite sont venus les autres contacts. Ceux qu'on aurait peut-être préféré oublier.
Genre les camarades du collège Sainte-Marie-priez-pour-nous, tous fils de PDG ou de radiologues. Après avoir constaté qu'ils étaient beaux, PDG, radiologues ou en passe de l'être, et en plus qu'ils
avaient l'air heureux, j'ai passé plusieurs heures de profonde déprime à parcourir frénétiquement leurs profils à la recherche d'une faille.
Ensuite sont venus les copains de lycée, plus amicaux à mes yeux cette fois.
J'ai ainsi constaté que Bidule, flanquée de 3 mômes ( elle a commencé peu après le bac ) ne savait écrire que "lol" et "kikoo", et que TrucMuche, partie chercher du boulot au Québec, s'exprimait en
langage sms. Ce qui m'a profondément déprimée également.
J'ai fait coucou à mon premier petit copain, à qui je faisais du pied en physique en 2nde. Il aime toujours autant Mylène Farmer, Lily Allen et Zazie. Oscours.
J'ai revu une très bonne copine, et constaté que nous aimions toutes les deux les Mac. Super.
J'ai même retrouvé une amie d'enfance, rencontrée en vacances ( été 95 ). Quelle magie ce site !!! Jamais je ne l'aurais retrouvée sans cela ! Mon euphorie est vite retombée quand j'ai constaté que
nous n'avions rien à nous dire.
Je passe sur les gens qui se sont rajoutés ensuite, en vrac : des camarades d'école primaire à qui je n'adressais déjà plus la parole au lycée, mon amoureux de maternelle que je n'avais pas
spécialement envie de revoir, même en photo, mes camarades de khâgne qui ont eu Normale Sup' et s'auto-tamponnent "enseignant-chercheur" alors qu'après enquête, elles sont juste en train de
finir une thèse sur les points d'exclamation chez Cicéron.
Tout ça m'a amenée à réfléchir.
1) Pourquoi regrette-t-on tellement ces gens "perdus de vue"? Si on les as perdus de vue, c'est peut-être parce qu'on n'avait plus rien à se dire.
2) Revoir son passé défiler ainsi a quelquechose de réellement angoissant. Dans ma tête, mes copines de primaire avaient 10 ans maxi. Pas 27.
3) Quand on n'a rien à se dire, eh bien on ne se dit rien, même sur Facebook. Grande Lapalissade, mais grande découverte pour moi qui pensais secrètement retrouver une foule d'amis avec plein de
points communs, les mails passionnés, le café nostalgique un jour d'hiver, etc.
Facebook a quand même eu un grand mérite. Celui de me faire comprendre que ce qui est "perdu" ne l'est pas forcément pour de mauvaises raisons. Celui de me donner envie de regarder les gens ici et
maintenant, autour de moi. ça m'a fait grandir, en somme.
et tant pis si je ne peux plus jouer à Paf le Chien. J'ai mon lapin pour ça.